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Un jardinier-botaniste a découvert dans les serres du Parc de la Tête d’Or une souris piégée par une plante carnivore, la Nepenthes truncata, originaire des Philippines.
" En passant à proximité des Nepenthes, attiré par une odeur nauséabonde, je me suis penché sur les pièges de Nepenthes truncata , plante carnivore originaire des Philippines. Et la, toujours guidé par l'odeur, à ma grande stupéfaction, j'ai aperçu au fond d'une urne, une proie plus grosse qu'à l'ordinaire. Et c'est en vidant l'urne, que j'ai constaté qu'il s'agissait bien d'une souris. "
Pour la première fois en situation de culture de serre, les photographies prises permettent d’accrediter l’affirmation, parue dans certaines études botaniques mais jamais illustrée, selon laquelle cette espèce de plante est capable d’ingérer des proies de la taille d’un oisillon ou d’une souris. Jusqu'alors, seules des blattes américaines (de 3-4 cm de longueur) faisaient partie des plus grosses proies retrouvées dans les ascidies (pièges).
Cette plante carnivore terrestre appartient à la famille des Népenthacées.
L’espèce possède des feuilles coriaces très caractéristiques et hautement spécialisées. Chaque feuille présente une partie terminale (apex) tronquée, d’où part une vrille qui se termine par une urne de grande taille. Dans la nature, l’urne peut mesurer jusqu’à 45 cm ; en culture au Jardin botanique de Lyon, celles de la plante âgée de 4 ans mesurent environ 35cm.
Ces urnes constituent un piège redoutable pour les insectes. Ceux-ci sont principalement attirés par le nectar produit par des glandes présentes à proximité de l’orifice de l’urne. Les proies finissent très souvent par tomber au fond de l’urne et se noient dans un liquide digestif sécrété par des glandes spécifiques. Le résultat de cette digestion complète les apports nutritifs de la plante.
Dans la nature toute une cohorte de proies peuvent être retrouvées dans les urnes, allant de la simple fourmis (proie la plus fréquente d’après les observations) jusqu’à des petits vertébrés tels des lézards. La capture de rats, très anecdotique, a été observée à trois reprises dans la nature au niveau d’une espèce présente sur l’île de Bornéo : la Nepenthes rajah.
La distribution géographique de Nepenthes truncata est très localisée ; c’est une plante endémique de l’île de Mindanao aux Philippines, décrite pour la première fois en 1911 par John Muirhead Macfarlane, botaniste américain.
Elle croît dans une zone d’altitude allant de 230 m. à 600 m., dans des milieux ouverts sur des terrains très pauvres et ferrugineux.
Cette espèce est particulièrement vulnérable et fait partie de la liste rouge de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature). Elle est fortement menacée dans son milieu naturel, à cause de la dégradation de son habitat. Le fait qu’elle soit dioïque (les organes sexués sont sur des pieds différents) rend plus difficile sa reproduction, surtout lorsque les pieds mères sont rares et distants.
L’intérêt économique des Népenthes pour l’horticulture est très important. Le commerce international est régulé par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) et les transactions représentent plus de 15 millions de dollars par an.
Au jardin botanique de Lyon, ces plantes sont cultivées à des fins de conservation : isolation des individus mâles et femelles et multiplication sexuée grâce à la pollinisation manuelle pour obtenir des graines et perpétuer ainsi l’espèce
La collection de Nepenthes a obtenu le titre de collection nationale de référence en 2005 (CCVS), pour son intérêt pédagogique et scientifique. La collection est présentée dans la Serre dite Hollandaise : l’aménagement central met en valeur des espèces du monde entier dans une tourbière paysagée.
En revanche, les aménagements latéraux regroupent les plantes par genre et espèce. Toutes les espèces (notamment la collection de Nepenthes) ne sont pas présentées au public pour des raisons techniques et de conservation.