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L'abbé Rozier


buste de l'abbé Rozier, par Chinard, stèle par Prost 

En parcourant le Jardin Botanique, peut-être avez-vous vu le buste de l’Abbé Rozier. S’il vous est inconnu, vous vous êtes certainement demandé ce qu’un buste de religieux faisait là. Mais cet homme a été un grand agronome, féru de botanique, très connu et estimé au XVIIIème siècle.

Jean-Baptiste François ROZIER est né à Lyon, le 23 Janvier 1734, à Saint-Nizier. Fils cadet d’une famille bourgeoise, il suit des études au collège de Jésuites à Villefranche, puis entre au séminaire de Saint-Irénée à Lyon. Ensuite, il décide de se consacrer à l’étude scientifique à l’Université de Valence, et est ordonné prêtre en 1758.

De retour à Lyon, après avoir fréquenté les réunions savantes, les bibliothèques, et les cabinets de physique et d’histoire naturelle, il monte avec sa sœur à partir d’un faible pécule, son propre laboratoire. Dès lors, il se découvre vite une passion pour l’agronomie et la botanique, qu’il concrétisera à la mort de son père. En effet, après son décès, il devient gestionnaire du domaine familiale de Sainte Colombe-les-Viennes, près de Vienne.

Il s’attache à introduire la culture du mûrier et améliore celle de la vigne et la vinification. Mais ses expériences ne s’arrêtent pas là, puisque il fait aussi des tentatives de "cultures industrielles", avec le tabac, le lin, et le chanvre

L’abbé Rozier herborisait beaucoup avec ses amis pendant ses temps libres. Parmi eux, se trouvaient : le médecin-botaniste Jean-Emmanuel GILIBERT, futur directeur du Jardin Botanique de la Déserte sur les pentes de la Croix-Rousse, et, le botaniste Marc-Antoine-Louis CLARET de la TOURETTE, duquel on conserve un magnifique herbier. C’est d’ailleurs avec ce dernier que le saint homme, intronisé "Vénérable" par la loge maçonnique des " vrais amis " en 1763, met en place le premier Jardin Botanique de la ville de Lyon. Rattaché à l’Ecole Vétérinaire de LYON, établie le 1er janvier 1762 (créée par Bourgelat, c’est la première école de ce type dans le monde), il est installé dès 1763 sur l’ancien potager du Logis de l’Abondance, à la Guillotière.

Au sein de cette école, l’abbé était chargé d’enseigner la botanique, la matière médicale, la pharmacie, sans pour autant négliger l’entretien du jardin de 4 000 m² et des 2 000 plantes qu’il contenait, car cela constituait un excellent support aux études pharmaceutiques. Il en devient même directeur en 1765, lors du départ de Bourgelat pour Paris, mais pour une très courte durée, puisque 4 ans plus tard, il est définitivement congédié. La direction lui est retirée car on lui reproche de privilégier la botanique aux dépens de la pathologie, et d’orienter trop l’enseignement vers l’agronomie plutôt que vers la médecine animale.

De là, il publie de nombreux ouvrages qui le rendront célèbre et lui donneront le statut de grand agronome du XVIIIème siècle. Il est l’auteur des Démonstrations élémentaires de botanique ; en 1771, il crée à Paris le " Journal de Physique ", une des premières revues scientifiques mensuelles, diffusée dans toute l’Europe ; et surtout s’attèle à un travail colossal, la rédaction d’un " Dictionnaire d’agriculture ", recueil encyclopédique abondamment illustré qu’il ne pourra malheureusement pas achever tout seul (il en publiera tout de même huit volumes entre 1771 et 1788). C’est d’ailleurs ce type de travaux qui lui valent le surnom de "Columelle français".

En 1786, il revient à Lyon où il est nommé chanoine honoraire de Saint Paul, et directeur de la Pépinière Royale située à Vaise. Il créa aussi l’école d’horticulture d’Ecully, dans la banlieue ouest de Lyon, qui existe et fonctionne toujours.


 

 

Durant les troubles de la Révolution, ce grand homme prit systématiquement le parti de la population. Devenu Curé de la paroisse populeuse de Saint-Polycarpe (sur les flancs de la Croix-Rousse), il est victime des combats meurtriers qui font rage lors du siège de Lyon en 1793.

En effet, dans la nuit du 28 au 29 Septembre 1793, soit une dizaine de jours avant la fin des hostilités, Rozier, ayant cédé son lit à un ami, et se reposant dans une chambrette taillée dans les mansardes, fut tué pendant son sommeil, par un boulet de canon qui creva le toit de l’Oratoire, et atterri sur son lit. Il avait alors 59 ans. Son corps, réduit en lambeaux, fut découvert trois jours plus tard, et inhumé avec ceux de mille autres victimes, dans les caveaux de l’Eglise St Polycarpe. Aux dires de son neveu Cochard, il fut impossible à Gilibert de retrouver les restes de l’abbé Rozier. En effet, le personnage était tellement important pour les lyonnais, que Gilibert avait été sommé par l’administration centrale du Rhône, le 9 prairial an VII, de retrouver et de porter les reliques de Rozier au Jardin Botanique.

Actuellement, comme vous pouvez la voir sur les illustrations, la statue de l’Abbé Rozier trône à l’entrée d’une des portes d’accès du Jardin de plein air, au niveau du Jardin d’Hiver. Ce buste fait partie des restes de l’ancien monument qui lui avait été dédié par son ami Gilibert, dans le Jardin des Plantes. On a d’ailleurs décidé de déplacer le déplacer en même temps que le jardin car cet homme, méconnu à l’heure actuelle, a beaucoup apporté aux lyonnais. Il a fait plus qu’être à l’écoute de la population à un moment où elle en avait grandement besoin. Volontaire et ambitieux, il est considéré comme faisant partie des hommes qui ont donné l’impulsion nécessaire à la création des jardins botaniques de la ville de Lyon.