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Des amateurs de botaniques

Personnages illustres, comme Jean-Jacques Rousseau, ou moins connus, comme Antoine Jordan ou Clémence Lortet, nous avons pu retrouver des témoignages d'amateurs éclairés de botanique en lien avec les jardins à Lyon, entre recherche personnelle et travaux d'érudits....

Lettre de Jean-Jacques Rousseau à Madame la Duchesse de Portland

« Lyon, le 2 juillet 1768.

S’il était en mon pouvoir, madame la duchesse, de mettre de l’exactitude dans notre correspondance, ce serait assurément dans celle dont vous m’honorez ; mais, outre l’indolence et le découragement qui me subjuguent chaque jour d’avantage, les tracas secrets dont on me tourment absorbent malgré moi le peu d’activité qui me reste, et me voilà maintenant embarqué dans un grand voyage, qui seul serait une terrible affaire pour un paresseux tel que moi. Cependant, comme la botanique est le principal objet, je tâcherai de l’approprier à l’honneur que j’ai de vous appartenir, en vous rendant compte de mes herborisations au risque de vous ennuyer, madame, de détails triviaux qui n’ont rien de nouveau pour vous. Je pourrais vous en faire d’intéressants sur le jardin de l’école vétérinaire de cette ville, dont les directeurs, naturalistes, botanistes, et de plus très aimables, sont en même temps très communicatifs : mais les richesses exotiques de ce jardin m’accablent, me troublent par leur multitude ; et à force de voir à la fois trop de choses, je ne discerne et ne retiens rien du tout. J’espère me trouver un peu plus à l’aise dans les montagnes de la grande Chartreuse, où je compte aller herboriser la semaine prochaine avec deux de ces messieurs qui veulent bien faire cette course, et dont les lumières me la rendront très utiles. »

ROUSSEAU, 1822, La botanique .

Alexis JORDAN : une nouvelle théorie de l’espèce

Né à Lyon en 1814, A. JORDAN s’intéresse rapidement aux sciences naturelles et adhère à la Société Linnéenne de Lyon en 1845. Il herborise à ses débuts dans la région lyonnaise puis, par la suite, dans les Alpes du Sud, les Pyrénées, les Cévennes, en Italie et en Corse. De ses voyages, il ramène notamment de nombreuses graines, qu’il met à germer. Les plantes sont cultivées en pot, en se rapprochant des conditions naturelles. Ces essais lui permettent de tester et de vérifier la stabilité en culture des formes nombreuses qu’il avait repérées comme distinctes dans la nature.

L’Ecole jordanienne Ainsi, le botaniste note les caractères et les compare ceux d’individus d’autres localités : il reconnaît donc de nombreuses formes typées, autrefois considérées comme de simples variétés et méritant à ses yeux le statut d’espèce. A l’inverse, «l’espèce», au sens linnéen, regroupe un ensemble de formes proches et pouvant se reproduire, en donnant une descendance fertile. Sa théorie est à l’origine d’une véritable « École jordanienne » qui conduit ses adeptes à décrire de plus en plus d’espèces en tenant compte de différences ténues, tout en vérifiant expérimentalement que ces espèces ne s’hybrident pas entre elles. Toutes ces nouvelles espèces furent appelées des jordanons. À titre d’exemple, A. JORDAN reconnaissait 200 espèces d’Erophila.

La pratique scientifique d’Alexis JORDAN est directement influencée par ses pensées philosophique et religieuse. Catholique pratiquant, il suit les Saintes Ecritures dans un sens presque littéral. Le regard qu’il porte sur la nature dépend de ce cadre strict. Il est fixiste et créationniste.

  www.fr.wikipedia.org/wiki/Alexis_Jordan

Clémence LORTET, figure emblématique de la botanique lyonnaise au 19e siècle

Dès 1803, Clémence Lortet se lance dans le jardinage et la botanique, sous les conseils de son docteur, J.-E. GILIBERT, directeur du Jardin des Plantes à cette époque. Ainsi, par ses herborisations quotidiennes pendant 30 ans, Mme LORTET contribue à une connaissance plus parfaite de la flore régionale. Ses collectes ont été réunies dans cinq herbiers.

On doit à Mme LORTET la découverte ou l’indication de localités nouvelles de la véronique des montagnes (Veronica montana) dans la région lyonnaise. (Flore de France Suisse et Belgique - Gaston Bonnier) « Son coup d’oeil était juste, et la grande habitude d’observer et de se rendre compte de ce qu’elle voyait, lui faisait découvrir ce qui aurait échappé aux yeux de bien d’autres botanistes. » ROFFAVIER. (Archives Société Linnéenne de Lyon)

Elle fournit aussi à J.-E. GILIBERT, trois fois par semaine, toutes les plantes lyonnaises nécessaires pour les cours qu’il donne au Jardin des Plantes, entre 1805 et 1808. En 1808 également, elle rédige le Calendrier de Flore. On y trouve des annotations sur les époques de floraison pour chaque espèce de la flore lyonnaise, dont plusieurs plantes rares.

Une femme d’influence Mme LORTET joue un rôle décisif dans la fondation de la Société Linnéenne de Lyon (28 déc. 1822) et, en 1830, elle contribue à la nomination de SERINGE à la tête du Jardin des Plantes de Lyon, personnage-clé dans l’étude et les progrès de la botanique dans notre ville et dans la région.

Dernière modification : 09/12/2008 14:41