La Serre Victoria
En 1887, dans un rapport du Conseil Municipal daté du 17 mars, les élus évoquent la nécessité de se munir d’une serre conçue spécifiquement pour la culture des plantes aquatiques tropicales. Auparavant, aucune structure à Lyon ne permettait cette activité. Ainsi, il était très difficile d’obtenir des échantillons, et encore plus ardu de les conserver dans de bonnes conditions. Décision fut donc prise de créer cette serre circulaire, en forme de rotonde, afin qu’elle puisse recevoir le célèbre Victoria, plante aquatique de la famille des nymphéacées, comme les nénuphars, qui fait l’admiration de tous.
Le genre Victoria compte deux espèces : V. cruziana, originaire de Bolivie, d’Argentine et du Paraguay et cultivé actuellement dans la serre, et V. regia, originaire de Guyane et du Brésil. Cette plante produit des graines comestibles et consommées par les autochtones, qui dénomment le Victoria " Maïs d’eau ".
En 1861, Bühler, l’architecte paysagiste du Parc, exprimait déjà son désir d’acquérir un plant de Victoria regia. Il charge donc deux horticulteurs français de sa connaissance, Thibaut et Keteeler, de lui en rapporter d’Angleterre. Mais ces derniers, malgré leurs recherches, ne peuvent satisfaire sa demande. C’est finalement par l’intermédiaire d’un pépiniériste marseillais, M. PRADO, qui cultive et sème cette plante, que le jardin acquiert enfin un jeune plant de cette précieuse nymphéacée.
La conception de cette serre circulaire est menée à bien par ODDOS, ingénieur en chef des eaux et promenades, selon les indications de M. Guignard, directeur du jardin. A l’époque, ces travaux sont estimés à 10 000 F. Achevée en 1888, elle était dotée, à l’époque, d’un bassin central de 7,9m de diamètre chauffé à 30°C, d’un passage circulaire de 1m de large, d’une coupole vitrée, et d’un chauffage à circulation d’eau chaude alimenté par une chaudière à foyer intérieur établie dans la soute à chauffage actuelle du jardin botanique. Grâce à cela, le Victoria fait sa première fleur le 14 juin 1894, et tout le monde en tire une grande fierté.
En 1929, on décide d’agrandir la serre Victoria car les plantes aquatiques tropicales commencent à manquer d’espace. On en prend conscience lorsque M. Guillot installe le chauffage central par thermosiphon. Comme on le voit sur les plans d’agrandissement, cet élargissement de 2,40m consiste en l’adjonction d’un bassin annulaire interne, construit autour de l’allée circulaire, ainsi que le rajout de son pendant externe pour les plantes cultivées à l’air libre (Nelumbium, Nymphéa…).
Grâce à cela, le Victoria regia, seul dans le centre, est bien mieux mit en valeur, et les nymphéas peuvent se développer sur le pourtour.
En janvier 1930 le bassin de la serre aquarium est donc vidé, et les nymphéas sont plantés dans le nouveau bassin du pourtour avec un substrat neuf. Le bassin central va alors être réservé pour le seul Victoria. Cet aménagement fait de la serre Victoria, à l’époque, une exclusivité en France.
Depuis la serre a été reconstruite pour prendre l’aspect plus " carré " qu’elle a maintenant et a hélas perdu son style si ouvragé.
En effet, devenue trop exiguë et désuète, elle est détruite pour être reconstruite en 1982. Sa architecture ronde pouvant faire penser à un immense éventail en verre, rappelle en fait la forme des feuilles du plus célèbre spécimen qu’elle contient, et sa structure métallique en imite les nervures. D’ailleurs, son propre nom de serre Victoria, rend hommage à cette curiosité de la nature qui avait elle-même été dédiée à la Reine Victoria lors de sa découverte. Cette structure originale de serres a été de nombreuses fois réutilisée pour l’exposition de ce type de collections. Quand on sait que c’est le jardin botanique de Strasbourg, en 1884, qui a été le premier à se doter d’une " serre Victoria ", on se rend compte que celui de Lyon n’a pas attendu plus de quatre ans pour se munir d’une serre avec cette nouvelle architecture qui faisait fureur en Angleterre et dans le reste de l’Europe.
Cette serre, qui accueille un aquarium pour la présentation des plantes aquatiques équatoriales, est chauffée toute l’année. Elle a une température hivernale minimale de 22°C, et atteint les 45°C l’été. Afin de conserver ces précieux degrés, la porte de la serre Victoria est close dès le 15 septembre. En effet, elle abrite une collection de plantes supportant le plein soleil et nécessitant une chaleur et une humidité importante. Son air est d’ailleurs tellement saturé d’humidité, qu’un système a été mis en place pour le désembuage de la serre dans le but de pouvoir admirer les plantes même en hiver.
Enfin, il nous faut souligner que le nettoyage de la serre des plantes aquatiques se fait chaque année au mois de janvier. Cette opération peut vous empêcher de voir les spécimens, étant donné qu’ils sont tous enlevés et que les bassins vidés pour évacuer la boue qui s’y est installée pendant un an, avant d’être à nouveau remplis d’eau bien claire, et de remplacer les plantes. Sachez seulement que ce rituel est indispensable à l’augmentation de la qualité de présentation de la collection aux visiteurs, ainsi qu’au bon développement et à la survie des végétaux.
le Jardin après 1857