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Le patrimoine horticole lyonnais

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A la fin du 19e siècle, l’histoire du Jardin Botanique est intimement liée à celle de l’horticulture lyonnaise. C’est en effet à cette époque que l’horticulture lyonnaise connait sont apogée avec un grand nombre d’horticulteurs un rayonnement national et international

 

L'horticulture à Lyon

1831 (Archives municipales de Lyon)

L’influence des botanistes et des agronomes lyonnais, la création d’institutions comme la Société d’Agriculture, la Pépinière départementale et le Jardin des Plantes, la présence des nombreux jardins privés aux environs de la ville, favorisent la formation des premiers horticulteurs de la région.

La culture à grande échelle des fleurs, restée longtemps une affaire de spécialistes, est encore peu répandue au début du 19e siècle, faute de compétences et de formation. En 1813, L 'Indicateur lyonnais , qui recense l'ensemble des professions de la ville, fait état d'une quinzaine de jardiniers, pépiniéristes, grainiers et fleuristes. Le nom d'horticulteur n'apparaît pas encore. C'est dans les années 1830 que la profession s’individualise. Plusieurs personnalités, scientifiques, amateurs éclairés ou pépiniéristes vont jouer un rôle déterminant.

Le 14 février 1831, Seringe, alors directeur du Jardin des Plantes, remet au maire de Lyon un projet dans lequel il demande d’adjoindre au Jardin des Plantes une école d’horticulture théorique et pratique. Cette innovation répondait à un double but : trouver sans frais pour la mairie des bras en plus pour les travaux du jardin, mais aussi former des jardiniers instruits, capables d’essaimer dans les pépinières de la région. Le 3 mars 1831, le maire prononce par arrêté la création du cours d’horticulture au Jardin des Plantes.

Consciente de l'importance économique du développement de l'horticulture, la Société d’Agriculture de Lyon crée en 1836 une commission chargée d'organiser des visites dans les pépinières locales et de distribuer des prix afin d'encourager les horticulteurs. En 1837, Lacène convainc les membres de la Société de faire une exposition d’horticulture. Elle est organisée en 1838, dans l'orangerie du Jardin des Plantes. Les premiers grands noms de l’horticulture lyonnaise y paraissent, tels que Gaillard, Nérard aîné, Luizet, Boucharlat, etc. Le 21 mars 1844, quelques horticulteurs décident de fonder une société afin de se structurer. C'est la création de la Société d'Horticulture pratique du Rhône. Elle organise à son tour ses premières expositions.

A partir de cette période, de nombreuses obtentions horticoles voient le jour. Pour l'ensemble des roses dites anciennes obtenues en Europe au 19e siècle, près de la moitié le sont à Lyon. Deux nouvelles formes de dahlias sont inventées dans la ville. La couleur jaune des rosiers remontants, le rose pour les cannas sont aussi des inventions locales.

Qui sait encore aujourd'hui que les œillets dits niçois sont nés à Caluire et sur la rive gauche du Rhône? Bref, la région va connaître une émulation exceptionnelle dans ce domaine et si elle n'est pas la seule en Europe, son rôle majeur est désormais incontestable.

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Expositions et marchés aux fleurs

Fruits et légumes des horticulteurs-jardiniers lyonnais se commercialisent sur les marchés de la ville. Le marché aux fleurs, installé place Bellecour en 1826, devient deux fois plus important que celui de Paris, la grande rivale.

L’exposition d’horticulture qui rassemble en 1837 vingt-sept exposants de fleurs et de fruits est la première d’une longue série. En effet, entre 1837 et 1972, pas moins de 290 expositions horticoles sont organisées à Lyon, en différents endroits de la ville : place Morand, place Bellecour et surtout Cours de Verdun, devant la gare de Perrache et sur l’actuelle place Carnot. Leur popularité ne fait que croître et leur retentissement dépasse largement les frontières de la région.

Mais Lyon n'a pas encore dit son dernier mot : trois expositions universelles y sont organisées, en 1872, 1894 et 1914. Véritables vitrines sur le monde, ces manifestations rassemblent tout ce que la région lyonnaise produit de spécialités horticoles et attirent les foules.

Ces expositions sont connues jusqu’en Angleterre, Belgique, Allemagne et aux Etats-Unis. Celle de 1914, brutalement interrompue par la guerre, sonne le glas de ces imposantes manifestations.

La première exposition d'horticulture est organisée à Lyon en 1837 par la Société d'Agriculture, à l'orangerie du jardin des plantes. La Société d'Horticulture Pratique du Rhône prend le relais dès sa création, en 1844. Elle jette les bases d’un rendez-vous capital et régulier pour les horticulteurs. Celles qui suivent jouent un rôle déterminant dans la connaissance et la diffusion de l’horticulture lyonnaise.

En 1852, l’exposition de septembre est inaugurée au Palais des Arts par « Son Altesse Impériale le prince Louis Napoléon » (Napoléon III). Au fil du temps, l’engouement des Lyonnais pour les expositions d’horticulture désormais organisées, au début du 20e siècle, trois fois par an (printemps, été et automne), ne fait que croître. L’exposition de 1907, à Perrache, s’honore de la présence de M. Fallière, président de la République, accompagné de M. Clémenceau, président du Conseil et de M. Doumergue, ministre des Travaux publics. Au dire des organisateurs, elle accueille environ 336.000 entrées en une seule journée, au prix de 25 centimes ! C’est qu’à cette époque, Lyon sacrifie, comme le reste de l’Europe, à la mode pour les plantes rares. Les orchidées, abondamment représentées, constituent le summum de l’exotisme. Il faut dire qu'en Angleterre, comme en France, quelques rares spécimens peuvent atteindre le prix exorbitant de 3.500 francs (de l'époque) pièce !

Le Marché aux Fleurs à Bellecour, 1906. (Archives municipales de Lyon)

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Fleurs à la mode à travers l’histoire

La création de multiples variétés de fleurs, d’arbustes et d’arbres d’ornement est devenue, à partir des années 1830, la grande spécialité des horticulteurs de la région. Les créations du Jardin botanique, puis du Jardin fleuriste municipal au Parc de la Tête d’Or ont également constitué un élément majeur de cette révolution. À lire les multiples comptes rendus des sociétés d’horticulture, ceux des expositions, des visites des jardins et pépinières, il semble que bien peu d’espèces ornementales, de pleine terre ou de serre, aient échappé aux travaux d’hybridation des horticulteurs lyonnais. Le nombre des variétés ainsi obtenues peut se chiffrer par milliers. Rien que pour les roses, nous avons recensé à ce jour environ 1.300 variétés, 300 pour les cannas, 400 pour les dahlias, plusieurs centaines pour les fuchsias, les pélargoniums. De la petite violette aux grands magnolias, d’innombrables variétés ont fait l’objet de créations.

Au fil du temps, des spécialités locales se dégagent et évoluent en fonction des modes. Chronologiquement apparaissent les dahlias, les pélargoniums et les roses, dès les années 1830. Puis viennent les œillets, les cannas et les primevères de Chine, vers 1850-60. La fin du siècle consacrera les chrysanthèmes, les fuchsias, les pétunias, les clématites et les arbustes d'ornement comme le lilas.

De nombreuses innovations techniques ou horticoles sont introduites : citons pêle-mêle

  • L'obtention des œillets remontants avec la variété Athyme (ils ne fleurissaient qu'une fois par an avant cette découverte), puis de ceux dits tige de fer (se tenant sans tuteurs) par Dalmais.
  • En 1867, Guillot réalise les premiers hybrides de roses Thé avec la France (1867), puis, en 1873, le premier rosier du type polyantha (multiflore). Nommé Paquerette , il révolutionne le monde des rosomanes.
  • Mais c'est Pernet-Ducher qui, en 1900, crée l'événement avec la variété Soleil d'Or , premier sujet remontant de couleur jaune dans le monde. Il fonde à cette occasion un nouveau groupe de rosiers, les pernetiana .
  • Les formes de fleurs de dahlias dites à collerette (1899), puis des dahlias colossaux (à très grosses fleurs, 1903) sont inventés au Parc de la Tête d'Or. Ainsi, sur une vingtaine de formes de dahlias crées dans le monde, deux proviennent de Lyon.
    Une nouvelle race de cannas appelée cannas lyonnais fait la renommée de la lignée des Crozy, obtenteurs de la couleur rose, jusqu'alors inconnue chez cette plante. Et la liste est encore longue.
Variation de l'auricule (Société Horticulture du Rhône 1849)
Clématite 'Ville de Lyon'
Rose Thé 'Etoile de Lyon' (1887)

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Patrimoine fruitier et légumier

Les cultures fruitières connaissent au 19e siècle une impulsion décisive. Les horticulteurs de la région, au sommet de leur art, innovent dans tous les domaines : plantes, techniques et outils. Le nombre de créations lyonnaises impressionne. Abricot, cerise, pêche, poire, pomme deviennent des spécialités dont plusieurs variétés sont parvenues jusqu'à nous, comme les bigarreaux de Messieurs Burlat et Reverchon.

En cette fin de siècle, le marché se développe à une autre échelle et l’exportation des fruits lyonnais acquiert une réelle importance, encouragée par la création de la compagnie de chemins de fer du Paris-Lyon-Marseille (PLM). Toutes les conditions sont réunies pour que la culture fruitière commerciale prenne désormais son essor.

Au milieu du 19e siècle, le maraîchage, en pleine expansion, trouve de nouvelles terres à la périphérie immédiate de la ville. Les obtentions potagères se multiplient tous azimuts. Passées à la postérité au 20e siècle, certaines d’entre elles sont encore cultivées en plein champ aujourd'hui, comme le cardon vert de Vaulx-en-Velin , le poireau bleu de Solaize , les bettes et poivrons d'Ampuis ou la laitue de Pierre-Bénite .

Abricot 'Angoumois d'Oullins'
Fraise 'Lagrange'

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loupe

Des hommes, des plantes nouvelles, des espaces pour les montrer...

Dernière modification : 19/12/2008 13:56