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Expédition botanique en Equateur

voyage botanique

Un agent du Jardin botanique de Lyon part en expédition !

 

L'une des principales missions d'un Jardin botanique est la Recherche. Cette discipline n'étant pas toujours visible du public, il nous a semblé important de vous faire partager les détails d'une expédition botanique. Retrouvez le récit de voyage, jour après jour, de David Scherberich, responsable des collections au Jardin botanique de Lyon et aventurier en Équateur.

 
 

Contexte du voyage

 

Le Dr. Croat du Missouri Botanical Garden a sollicité l’un des botanistes du Jardin botanique de Lyon, David Scherberich, pour participer à sa prochaine expédition de 6 semaines en Équateur en janvier 2015, dans le cadre de l'inventaire et de la réalisation de la Flore de l’Équateur. La zone de travail s’étendra du versant Est des Andes à l'Amazonie équatorienne.

Ils seront en compagnie de Geneviève Ferry, responsable de la collection d’aracées du Jardin Botanique de Nancy et de Claudia Henriquez, une étudiante de Tom Croat.

Le Dr. Croat est l'un des plus grands botanistes contemporains, spécialiste de la flore néotropicale et particulièrement de la famille des aracées. 42 espèces portent son nom et il a décrit à ce jour plus de 1000 taxons nouveaux pour la science.

Cette expédition bénéficie des autorisations officielles de collecte et dispose d'une bourse de financement de la National Geographic Society.

 
 

Journal de voyage de David Scherberich

 

Mardi 6 janvier 2015

Je suis bien arrivé a Quito, bien fatigué et complètement « jetlagé » mais ca va :-). Me voici donc parti pour une nouvelle expédition. Aujourd'hui et demain nous allons rassembler le matériel nécessaire, récupérer le véhicule et éventuellement travailler dans l'herbier QCA de la Pontificia Universidad Católica del Ecuador.

Nous allons travailler la première semaine dans la région de Puyo et collecter en chemin dans les secteurs de Baeza, Archidona et Tena puis Shell, Mera et la Cordillera de los Llanganates.

Vue panoramique de la ville de Quito
Vue panoramique de la ville de Quito 
 
 

Mercredi 14 janvier 2015

Nous sommes actuellement sur Puyo, dans la province de Pastaza. C’est une petite ville de 25000 habitants qui s’est développée au pied de la cordillère orientale, du coté Amazonien.

Nous avons déjà collecté dans plusieurs localités dans la région, aussi bien dans des forets de pré-montagne vers l’ouest, qu’en foret amazonienne. A chaque fois se sont des forets extrêmement riches, où chaque pas apporte de nouvelles surprises. C’est avec beaucoup d’excitation que nous découvrons une grande variété de gesnériacées, de begonias, de bromeliacées, d’ericacées, de ptéridophytes et bien sur d’aracées. Nous en sommes à environ 120 collectes, dont déjà quelques espèces non décrites !

Nous avons eu un petit coup dur avant-hier en découvrant qu'un des deux séchoirs de l'herbier avait pris feu pendant la nuit et brulé les specimens qui séchaient avec. Nous avons donc perdu une partie de nos collectes. Heureusement nous pourrons re-collecter certaines plantes mais c'est un important travail qui est parti en fumée.

frise 4 photos puyo
 
 

Vendredi 23 janvier 2015

Nous sommes de retour depuis lundi à l’herbier de Puyo (qui se situe en fait à 40 km au nord de la ville, près de Santa Clara). Nous étions partis 3 jours collecter vers le sud-ouest du pays, en différents endroits de la Cordillère de Cutucu, une chaine de montagnes isolée dans la province de Morona-Santiago, puis jusqu’au village de Puerto Morona, situé en Amazonie sur la frontière péruvienne.

C’est ici qu’a été découvert il y a quelques années une petite aracée terrestre très prisée des collectionneurs, Ulearum donburnsii. C’est une petite plante qui produit le long d’un rhizome de petites feuilles sagittées, souvent marbrées de vert clair. Ici nous avons presque tous les jours de la pluie et le débit des rivières à doublé. Je n’ai pas été très surpris quand j’ai appris que Puyo signifiait nuage en dialecte local.

Ça explique aussi la richesse des forets qui sont couvertes de mousses, de fougères et autres épiphytes. J’espérais, avant de venir, trouver ce petit Pilea diversifolia  que j’avais repéré dans le livre de Patrick Blanc (Etre plante à l’ombre des forets tropicales). Il grimpe le long des petits troncs et branches jusqu’à environ 1m 50 de haut et produit de petites feuilles de 2 cm variablement crantées et lobées d’où son nom.

Aujourd’hui nous récupérons notre permis pour aller à la station de recherche de Yasuni en Amazonie, où nous resterons environ une semaine. C’est un endroit très reculé dont on entend parfois parler lors de désaccords entre les tribus indiennes et le gouvernement en raison de l’exploitation du pétrole qui y est faite.

Pont Rio Piatua
Rio Piatua 
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Dimanche 15 février 2015

Nous venons de passer 5 jours dans la station de recherche du Parc National de Yasuni qui se trouve à l’Est de l’Équateur, en pleine Amazonie. C’est un lieu reculé, difficile d’accès (il faut plusieurs permis) et contrôlé par des entreprises pétrolifères. Nous avons d’abord du traverser le Rio Napo, immense fleuve qui fait office de frontière naturelle du Parc, puis nous avons parcouru deux heures de piste a travers la foret. La station est très bien équipée et accueille en permanence plusieurs chercheurs. De nombreux sentiers partent de la station et permettent de parcourir plusieurs kilomètres en foret primaire.

L’extrême ouest du bassin amazonien est une des régions les plus riches du monde en terme de diversité végétale. Plusieurs études ont démontré que la diversité des arbres et des lianes dans le Parc est la plus élevée jamais répertoriée. La canopée y atteint normalement une hauteur de 30 m.

Nous avons pu observer de nombreux animaux, des oiseaux (toucans, perroquets, etc.), 3 espèces de singe, des tapirs, des dauphins d’eau douce et différents papillons aux couleurs spectaculaires. Les sous-bois regorgent de petites plantes intéressantes aux feuillages variés et souvent très colorés. Nous avons collecté 40 espèces d’aracées le premier jour, majoritairement des espèces que nous connaissions bien, ayant une large répartition amazonienne. Ensuite une quinzaine le deuxième jour, jusqu’à un total de 80 espèces dont quelques unes nouvelles : un Anthurium proche de A. gracile et un Philodendron à pétiole distinctement aplatit, proche de P. wittianum. D’autres aussi, que nous n’avons pas pu identifier pour le moment.

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Retour au Jardin botanique de Lyon

Sur 6 semaines de travail, nous avons collecté sur l'ensemble de la région Amazonienne, couvrant 6 provinces différentes, depuis la frontière colombienne au nord à la frontière péruvienne au sud. Nous avons fait quelques belles découvertes, plusieurs espèces probablement nouvelles pour la science, surtout dans les genres moins bien étudiés comme les Dieffenbachia, Monstera, Rhodospatha et Stenospermation. Nous avons effectué 644 collectes, avec en moyenne 3-4 échantillons de chaque, soit au total entre 2000 et 2500 parts d'herbier. Un lot de chaque est resté sur place, à l'herbier de l'Universidad Estatal Amazónica (ECUAMZ), où nous étions basés (au Nord de Puyo dans la province de Pastaza). Nous avons mis en paquets le reste qui sera ensuite envoyé au Missouri Botanical Garden afin d'y être étudié en vue de la préparation de la Flore d’Équateur.

Un article détaillé et illustré sur la mission sera publié dans le futur numéro de Sauvages et cultivées.

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Frises
 
 

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Dernière modification : 09/03/2015 15:51