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Histoire de la serre Victoria

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Histoire de la serre Victoria

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On représente souvent le jardin botanique de Lyon par ses grandes serres, parmi les plus hautes de France avec une hauteur de plus de 20m. Une autre est tout aussi intéressante aussi bien d’un point de vue architectural que botanique : la serre Victoria.

L’histoire de cette plante et de sa diffusion sont assez bien connues. Elle a été découverte et décrite en Amazonie en 1837 par sir Robert Schomburgk, un explorateur anglais, qu’une de ses missions conduisit en Guyane britannique (aujourd’hui le Guyana), alors presque inconnue. Missionné par la Société royale géographique, il s’empresse de communiquer aux savants anglais la découverte de cette plante qu’il nomme Nymphaea victoria.

« alors que nous étions occupés à lutter contre des difficultés sans nombre que la nature semblait accumuler devant nos pas pour nous empêcher de remonter la rivière de Berbice (…). Un objet situé à l’extrémité méridionale du bassin, et dont je ne pouvais, à la distance où j’en étais, me rendre compte, attira mon attention. (…). Quelle fut mon admiration à la vue de cette merveille végétale ! Toutes mes fatigues furent oubliées ; j’étais botaniste et me sentais récompensé.(…) »

Cette plante fut décrite sous le nom de Victoria regia en l’honneur de la reine (mais elle avait déjà été décrite, et son nom correct est maintenant V. amazonica).

En 1849, les jardins botaniques de Kew et le jardin du duc du Devonshire à Chatsworth rivalisèrent pour le faire fleurir ; Chatsworth gagna, et le jardinier en chef, Joseph Paxton construisit une serre révolutionnaire pour l’héberger. Cet édifice lui servit d’ailleurs de modèle pour réaliser le Crystal Palace quelques années plus tard. Cette serre a malheureusement été détruite en 1920.

À partir de ces premières floraisons, et vraisemblablement par la taille de ses feuilles comme par la beauté de ses fleurs, cette plante va faire fureur dans les jardins botaniques européens. Ce sont des articles dans la presse, à la fois spécialisée et grand public qui vont la populariser. L’une des premières images montre d’ailleurs la fille de l’architecte, Annie, debout sur une feuille de Victoria. Jusqu’à aujourd’hui, cette « tradition » se perpétue et on représente très fréquemment des enfants debout ou assis sur les feuilles.



Le problème est que pour cultiver cette plante aquatique équatoriale il est nécessaire de prévoir un aménagement spécial, à la fois chaud et humide, et comportant un bassin possédant également une température élevée.

Pour la première floraison, Paxton installa un système de culture original, dans une serre chauffée construite spécialement pour elle : les racines furent enterrées dans des lits de terre glaise et de houille, et les feuilles épaisses flottaient sur un large bassin « auquel une petite roue mécanique rendait le bouillonnement de leur onde natale ». La fleur obtenue s’épanouit du 9 août au 9 novembre puis donna des graines qu’on s’empressa de semer. L’engouement pour cette plante dans la seconde moitié du 19ème siècle, notamment en Grande-Bretagne, incitera les collectionneurs fortunés à construire des serres uniquement pour cette espèce tropicale à fort développement (ses feuilles sont larges de 1,60m en moyenne). Elle suscite envie et jalousie à la fois, chacun souhaitant tout d’abord la cultiver puis obtenir la plus grande feuille, puis une floraison, etc.

Les constructions lyonnaises Lors de la construction du Parc de la Tête d’or, en 1856, Denis Buhler arrive à obtenir des graines auprès d’un pépiniériste de Marseille. Mais ce n’est qu’une trentaine d’années plus tard, que l’on décide de consacrer à cette plante une serre aquarium spécifique.

En France, plusieurs villes construisent également des serres pour cette plante. Une serre aquarium est construite dans le Jardin des plantes de Paris en 1854 (elle a été détruite). Strasbourg en possède une, également construite en 1884. D’autres jardins font pousser cette plante en plein air, comme à Montpellier.

Afin de défendre ce projet, l’ingénieur des Eaux et Promenades publiques et directeur du Parc de la Tête d’or, M. Oddot en dresse le programme et le plan de la serre pour y cultiver la Victoria. « Parmi ces plantes [aquatiques], il en est une qui suscite l’admiration de tous les admirateurs, et dont les feuilles atteignent un diamètre moyen de 1m60 »

Au Conseil Municipal daté du 17 mars 1887, les élus évoquent la nécessité de combler cette lacune. Il s’agit également d’une question de fierté car la Belgique et les Pays-Bas sont déjà pourvus de telles serres et Lyon doit donc « rattraper son retard ».


Le projet prévoit la construction d’une serre circulaire dont le bassin mesure un peu moins de 8m de diamètre, et est entourée d’un passage d’1 m environ. Grâce à cela, le Victoria regia fait sa première fleur le 14 juin 1894 à Lyon et tout le monde en tire une grande fierté.


En 1929, un bassin circulaire est ajouté autour du bassin central. Les nymphéas sont plantés dans le nouveau bassin du pourtour avec un substrat neuf. Le bassin central va alors être réservé pour la seule Victoria regia . A cette époque, cet aménagement fait de la serre une exclusivité en France. Puis, en raison de son mauvais état général, la serre est rasée et reconstruite en 1982 d’après les dessins du sous-directeur de l’époque M. Zandolla. Seuls les deux bassins sont conservés. Pour limiter les pertes de chaleur, on abandonne les petites tuiles de verre au profit des grandes plaques de verre.

Bibliographie :
J.E. PLANCHON La Victoria regia au point de vue horticole et botanique Flore des serres et des jardins de l’Europe Tome 6 - 1850
W.HOOCKER La Victoria regia Flore des serres et des jardins de l’Europe T3 1847
Y.M. ALLAIN De l’Orangerie au palais de cristal, une histoire des serres Editions Quae 2010
Brent ELLIOTT Flora, une histoire illustrée des fleurs de jardins Delachaud et Niestlé. Paris 2001


Auteur : Frédéric Abergel