Logo pour impression À propos des Cupressus dupreziana en culture au Jardin botanique

À propos des Cupressus dupreziana en culture au Jardin botanique

bandeau article du moment

À propos des Cupressus dupreziana en culture au Jardin botanique

Au Jardin botanique de Lyon se trouvent 3 exemplaires de Cupressus dupreziana A.Camus, surnommé Cyprès de Duprez ou Cyprès du Tassili. Ils ont été introduits en 1960 par Marc Lafferrère, ancien militaire français, qui avait récolté des graines, en 1959, au Tassili n’Ajjer

Ce cyprès est endémique du parc national de Tassili n’Ajjer, massif montagneux formé de grès au Sud-Est de l’Algérie

et au centre du Sahara. Il pousse entre 1 430 et 1 830 m d’altitude, principalement sur des versants de montagnes exposés, dans des fissures de rochers, des ravins ou fonds de vallées peu accessibles et où les précipitations sont estimées à 30 mm par an. Les températures estivales moyennes sont entre 20 et 30°C, celles hivernales se situent entre 1 et 13°C, avec des gelées pouvant quelque fois atteindre -7°C1.

Cupressus dupreziana
Cupressus dupreziana au Jardin mexicain du Jardin botanique de Lyon

Ce conifère atteint dans la nature 16 à 20 m de haut. Des sujets de 7 à 12 m de largeur de houppier et d’1,3 m de diamètre de tronc sont estimés à plus de 2 000 ans.

Malgré le fait que la plante soit protégée en Algérie et se situe dans un Parc National, son état de conservation est en constante régression. Elle a actuellement le statut de menace IUCN EN « en danger d’extinction » et figurerait parmi les 12 espèces les plus en danger de disparition au monde.

La population totale en Algérie n’excède pas 250 individus, avec un déclin estimé à 25 % d’ici la prochaine génération (en 25 ans), l’habitat étant fortement dégradé et les pieds adultes étant présents de façon éparpillée, sur 46 localités. Son aire de répartition est inférieure à 250 km2 (120 km de long, 6 à 15 km de large)2.

Ses menaces principales sont le surpâturage des chèvres, le piétinement des touristes (au moins 1 000 par an) et des animaux, les récoltes de graines et la coupe de bois de chauffage (branches et racines). Autrefois le bois était utilisé pour les constructions. Les incendies et le changement climatique ont aussi un effet néfaste sur l’espèce, malgré son adaptation à des conditions très arides sur le Plateau de Tassili.

À cela s’ajoute l’absence de régénération de l’espèce, avec seulement 5 cas de semis spontanés observés en un siècle qui ont aujourd’hui 15-20 cm de diamètre au tronc. Ce conifère, seule espèce du Sahara, est une véritable relique de forêts autrefois denses lors d’une période bien plus humide, entre – 10 000 ans et – 6 000 ans, précédant la désertification. « Sa régénération naturelle dans les Ajjers est nulle, malgré la dissémination des graines dans les alluvions sableuses humides »3.


Il faudrait énormément de précipitations pour assurer la germination spontanée des graines et la survie des plantules ; or dans les conditions climatiques actuelles, et du fait que la nappe phréatique ait énormément diminué, une régénération semble peu probable. Le nom d’espèce dupreziana est en hommage au militaire français, le Capitaine Maurice Duprez (1891- 1943). « En 1924 Maurice Duprez commande la Compagnie Saharienne de l’ Annexe des Ajjers à partir du bordj de Fort-Charlet à Djanet ; c’est à l’occasion d’une expédition sur le plateau de Tamrit qu’il découvre et décrit le Cyprès du Tassili ; dans une lettre, il fait part de ses observations à René Maire (1878-1949) professeur de botanique à l’université d’Alger.

Le Capitaine Maurice Duprez : photo fournie par J-L Champion, époux de la petite-nièce de M.Duprez.

Sur la base des informations du Capitaine Duprez, Louis Lavauden (1881-1935), forestier et zoologiste, qui participait à l’expédition automobile Tunis-Tchad rapporte des échantillons du conifère qui permettront à Aimée Camus (1879-1965) - qui s’était signalée en 1914 avec la publication d’un ouvrage consacré au genre Cupressus - de créer l’espèce Cupressus dupreziana »4 C’est en 1926 qu’Aimée Camus publie cette nouvelle espèce de Cupressus dans l’article « Un cyprès nouveau du Tassili », paru dans le bulletin du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.

Au Jardin botanique de Lyon, du fait de forts risques l’hybridation avec nos autres cyprès plantés dans la Parc de la Tête d’Or, en particulier C. sempervirens, il est préférable de multiplier par clonage ces descendants directs des arbres millénaires du Plateau de Tassili. Le bouturage, préférentiellement « de tête », s’avère cependant être un processus assez long (compter entre 1 an à 1 an et demi pour un bon enracinement), l’arbre en lui même ayant une croissance très lente et les rameaux apicaux étant souvent très frêles.

Le bouturage est, d’une manière générale, plutôt difficile pour les cyprès botaniques, mais est le seul moyen de garantir la pureté génétique de l’espèce. Il est toutefois possible de le bouturer toute l’année, sur couche chaude, avec une bonne hygrométrie et dans un substrat bien drainant ; les meilleurs mois pour prélever les rameaux se situent entre mai et octobre. Plusieurs essais ont été entrepris depuis 3 ans au Jardin botanique, suite à une requête faite auprès de Gilles Dutartre5 par un des descendants du Capitaine Duprez, Monsieur Nicolas Duprez, qui souhaite offrir à chaque membre de sa famille un exemplaire de
 Cupressus dupreziana.

En 2014 nous sommes heureux d’avoir multiplié 15 sujets qui ont rejoint l'année suivante les différents jardins des descendants de Maurice Duprez.

 
C. Dupreziana
Ce cyprès a frappé le Capitaine Duprez par son feuillage et son port inhabituels pour la région de Tassili 
 
Cupressus dupreziana
Cupressus dupreziana dans notre arboretum 
 
Bouture de C. dupreziana
Boutures racinées de plus d’un an 
 

Références :

1 - Source Abdoun and Beddiaf 2002

2 - Chiffres sur www.iucnredlist.org

3 - Extrait de l’article « Les Cyprès des Ajjers » écrit par P. Simonneau et E.-F. Debazac pour la Revue Forestière Française

4 - Extrait de l’ouvrage bibliographique « Un saharien, Maurice Duprez » écrit par Jacques Bidault en 1964, cité par S. Grim sur http:// www.foretnumide.com

5 - Botaniste en retraite du Jardin botanique de la Ville de Lyon


Auteur : Florence Billiart, Agent de maîtrise au Jardin botanique de Lyon

 

 

Dernière modification : 04/02/2019 14:39