Logo pour impression L’hépatique des fontaines : une belle plante mal-aimée de nos cultures

L’hépatique des fontaines : une belle plante mal-aimée de nos cultures

bandeau article du moment

L’hépatique des fontaines : une belle plante mal-aimée de nos cultures

Le Jardin botanique, certes berceau de la biodiversité végétale, doit lutter contre des plantes adventices, nuisant au bon développement des plantes en collection. C’est le cas de Marchantia polymorpha, surnommée « hépatique des fontaines » et décrite en hommage au botaniste français Marchant du XVIIe siècle.

Bandeau marchantia polymorpha
Marchantia 1

Description de la plante

Le marchantia n’est pas une plante à fleurs, elle appartient à la classe des Hépatiques, au sein des Bryophytes, et à l’ordre des Marchantiales. C’est une hépatique à thalles. A l’œil nu, on observe facilement des pores sur la face supérieure du thalle chlorophyllien et des corbeilles à propagules en forme de coupelles rondes, caractéristiques de cette espèce. Le thalle se ramifie en lanières vertes bifurques à épiderme assez épais et qui sont plaquées au sol par de longs poils, les rhizoïdes, sur la face inférieure. Ces rhizoïdes se trouvent sous la nervure centrale du thalle qui est plus foncée et bien visible sur la face supérieure et servent, pour la plante, à absorber les minéraux et capter l’humidité.

Modes de reproduction

Très prolifère, il se multiplie facilement végétativement par division du thalle et par dissémination de ses propagules, véritables micro boutures, qui vont se développer en un autre thalle et coloniser l’espace. Cette dissémination par propagule est favorisée par la pluie et l’arrosage manuel des cultures. Au moment du désherbage effectué à la main, le risque de reproduction végétative est également important, car il suffit de laisser un fragment de thalle ou de disperser des propagules et la plante se multipliera.
La dissémination se fait aussi par reproduction sexuée au printemps et en été. L’espèce est dioïque. Sur les individus mâles, les gamètes se forment dans des anthéridiophores, qui ont la forme de « parapluies » plats avec 8 petits lobes. Les pieds femelles forment leurs gamètes dans des archégoniophores, formés d’un « parapluie » beaucoup plus découpé, avec 9 petites lamelles retombantes. Les spores sont libérées par de petites capsules jaunes situées sous le « parapluie » des archégoniophores, lorsqu’arrivées à maturité.

Reproduction Marchantia
Prolifération Marchantia

Présence dans les bâches du Jardin botanique

L’hépatique que l’on trouve très fréquemment sur le sol des serres et sur la surface des pots des plantes cultivées est Marchantia polymorpha subsp. ruderalis. Vincent Hugonnot, bryologue français, considère en effet 3 sous-espèces à Marchantia polymorpha.

La plante affectionne les endroits humides et ombragés. Dans la nature on la rencontre aussi sur les talus, sur le sol sous des roches humides ou dans des habitats dérangés par l’homme, par exemple suite à un feu.

Elle peut être confondue avec la lunulaire, Lunularia cruciata, autre Marchantiale (hépatique à thalle et non à feuille), mais qui se reconnaît à l’œil nu par ses corbeilles à propagules en forme de croissant. Elle présente aussi des pores bien visibles sur la face supérieure et un thalle plus arrondi sur les côtés que le marchantia. Enfin, une autre de ses caractéristiques est l’odeur de coriandre que diffuse son thalle, quand il est froissé !

Lunularia crutiata
Lunularia crutiata 

Au Jardin botanique, ces 2 Marchantiales sont présentes. Dans le secteur de la multiplication plein air, elles sont surtout fréquentes dans les bâches, sur le sable entre les pots et sur le substrat des pots, situés surtout sur les côtés ombragés des bâches, là où le substrat reste humide plus longtemps. Elles se développent davantage dans les bâches où les plantes restent en réserve toute l’année et sont plus souvent arrosées (bâches de semis, saxifrages, fougères, plantes de terre de bruyère, bâches de bouturage). On les retrouve aussi en végétation en hiver et au début du printemps dans la bâche des bulbes (surtout depuis que les bulbes ne sont rempotés que tous les 2 ans), mais en fin de printemps et en été les thalles finissent par sécher, car cette bâche n’est plus arrosée manuellement lorsque les bulbes sont en repos végétatif.

Marchantia sable tamisé
Marchantia sur sable tamisé 

Méthodes pour le combattre

Là où ces hépatiques sont les plus fréquentes et néfastes, c’est sur les pots de semis disposés dans les bâches abritées par des châssis, car ils doivent être tenus humides tant que les graines n’ont pas germé.

La prolifération des thalles est plus grande pour les pots dont les graines mettent plus longtemps à germer (cas des dormances ou non viabilité des graines). Ces bâches sont nettoyées une fois par an, avec le risque, lorsqu’on enlève le marchantia ou la lunulaire en surface, d’enlever aussi la graine ! Il faut pourtant réussir à s’en débarrasser car les thalles en surface du pot et les rhizoïdes nuisent fortement à toute germination, rendant le substrat asphyxiant pour les graines.

Des observations sur plusieurs années m’ont permis de constater que l’hépatique apprécie plus particulièrement les substrats fins gardant plus l’humidité et moins l’air, notamment à la surface du pot (sable fin, tourbe, terre de Sologne) et les substrats riches (compost, terreau de rempotage avec engrais incorporé). Un essai de semis sur une couche de sable fin tamisé s’est avéré catastrophique, avec une prolifération importante d’hépatiques.

Depuis 2 ans, tous les pots de semis sont surfacés avec du sable grossier, le sable fin étant retiré par tamisage et l’hépatique s’y développe bien moins rapidement. Il est fait de même pour tous les autres pots en culture, mais cette fois avec un surfaçage de pouzzolane grossière. Les substrats sont également plus drainants pour certaines plantes, avec l’incorporation de cette pouzzolane dans le mélange terreux, améliorant ainsi les conditions de culture. Il est également important de ne jamais ajouter d’engrais chimiques dans les substrats.

Enfin pour lutter contre nos 2 hépatiques et pour limiter davantage l’humidité au niveau de la surface du substrat, il est important d’aérer les châssis un maximum toute l’année et d’espacer les pots dans les bâches. Ces belles hépatiques à thalles sont donc indésirables en culture et il est difficile d’en venir à bout quand on cultive des plantes, car toutes ont besoin d’eau pour vivre. Toutefois, on peut réussir à les limiter en ayant des mesures prophylactiques, avec des substrats drainants, notamment en surface des pots, pas trop enrichis et en maintenant une bonne aération du châssis ou de la serre toute l’année.

Controle Marchantia
 

Auteur : Florence Billiart, jardinier botaniste et agent de maîtrise au Jardin botanique de Lyon
 

 

Dernière modification : 03/07/2017 15:33