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Évolution des perceptions du Jardin botanique

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Évolution des perceptions du Jardin botanique dans la presse et les guides touristiques

Dans le cadre d’une étude universitaire intitulée « Le Jardin botanique de Lyon. Apports et pertinence des sources imprimées lyonnaises »1 , un corpus de 420 documents - 342 articles de presse et 73 guides touristiques - datant des années 1790 à aujourd’hui, a été étudié : il nous permet un premier état des lieux sur la question des perceptions du Jardin botanique par ses contemporains.

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Choses lyonnaises
"Choses lyonnaises", Le progrès illustré, 31 mai 1891n n°24, p.5 

Presse et guides touristiques répondent à des problématiques distinctes, bien qu’elles se rejoignent autour d’objectifs communs.

La première honore des impératifs d’information à l’intention des citoyens lyonnais : à ce titre, elle nous transmet des indications sur les travaux, les budgets ou la gestion du Jardin botanique, signale les dates d’inauguration et d’ouverture au public, et permet de suivre l’évolution de projets, depuis leur première ébauche jusqu’à leur réalisation ou leur abandon. Cependant, ces informations sont à considérer avec réserve : leurs auteurs manquent de recul sur les évènements rapportés et ne vérifient que ponctuellement leurs sources. D’un article à l’autre sont reprises les mêmes données - souvent déformées - dans une présentation stéréotypée du Jardin botanique, résumé à des éléments phares : sa surface, celle des serres, la hauteur des Grandes serres, le nombre de taxons, la date de création du Jardin botanique sur les Pentes de la Croix-Rousse (1796), puis celle de son transfert au Parc de la Tête d’Or (1856).

La presse rejoint par ailleurs les guides touristiques dans leur démarche de communication : tous deux offrent ainsi au Jardin botanique une visibilité, tant auprès des Lyonnais que des étrangers à la ville et incitent leur lectorat à se rendre sur les lieux. Ces « messages intéressés, visant une influence »2 sur un potentiel public posent la question de la fiabilité des sources considérées. Plus qu’une réalité factuelle, elles nous offrent le regard d’observateurs contemporains. Leur étude serait à approfondir ; elle donne cependant un aperçu de l’ancrage du Jardin dans les problématiques de la société et ainsi une évolution de ses perceptions par ses contemporains. Cinq périodes nous semblent alors se distinguer.

Dans la première moitié du XIXe siècle, articles de presse et guides touristiques sont le fait d’érudits dont le savoir légitime les opinions quant aux aménagements en cours ou réalisés. Dans les guides, le Jardin botanique, alors situé sur les Pentes de la Croix-Rousse, est perçu comme un espace de déambulation pittoresque : cette notion, issue de la peinture du XVIIIe siècle , induit une composition artistique, à la manière de la construction d’un tableau selon un rapport particulier à la nature dans laquelle le récepteur se place comme spectateur de son environnement. Le promeneur expérimente un lieu par ailleurs chargé d’une histoire organisée autour de 2 personnages majeurs : l’abbé Rozier - dont le buste se trouve à l’entrée du Jardin dès 1812 - et l’impératrice Joséphine - qui a visité le Jardin des Plantes vers 1805 et lui a fait don de collections. Alors qu’est en train de se constituer en France « une mémoire historique nationale (…) [qui] fix[e] ses lieux et figures communs, dans l’effort commun des érudits et de l’État »3 , ces personnages deviennent des symboles reconnus pour leurs actions, leurs apports et les valeurs qu’ils incarnent. Le Jardin des Plantes tire par ailleurs son importance de son utilité aux botanistes, peintres en fleurs et en soierie, et étudiants en médecine ou pharmacie : la presse offre à ces publics particuliers des annonces de cours, d’herborisations publiques, des informations sur les règlements d’expositions… Enfin, le débat urbanistique intègre les publications à la fin de la période, autour des enjeux de la création d’une promenade publique, dans le contexte des travaux d’embellissement menés par le préfet Vaïsse à Lyon dès 1853.

La seconde période commence dans les années 1860-1870, lorsque presse et guides deviennent le fait d’auteurs professionnels. La première s’ouvre à un lectorat plus populaire, auquel elle offre des contenus élargis au divertissement4 : sont alors mises en avant les floraisons remarquables, les anecdotes d’ordre ethnobotanique, etc. En parallèle, les guides se standardisent autour de la forme de l’itinéraire. Leurs pages accueillent des résumés de l’histoire du Jardin, tandis que la presse se tourne vers l’inventaire chiffré des collections : ces 2 formes participent de la mise en valeur du lieu. L’usage du chiffre semble augmenter le crédit des données transmises et le lecteur referme son journal convaincu de la supériorité du lieu décrit5 , par ailleurs rapproché d’exemples prestigieux comme Kew. Le Jardin est mis en lumière aux yeux d’un public auquel est présentée une image conforme à ses attentes : certains secteurs sont ainsi privilégiés et les Grandes serres, la Serre Victoria et le Jardin alpin deviennent des archétypes du Jardin botanique, ce que confirme l’iconographie naissante.

Les 2 Guerres Mondiales marquent le début d’un déclin pour la presse, tandis que les guides poursuivent leur essor, portés par le développement des moyens de transport puis par l’arrivée des congés payés. L’expansion du tourisme après la Libération amène la presse à pointer les défauts de comportement des visiteurs, en même temps qu’elle cherche à réorienter ses contenus : ce sont les prémices de l’évocation du personnel, du lien entre le Jardin botanique et ses correspondants à travers le monde, d’une nouvelle mise en valeur des plantes par l’iconographie, tandis que disparaissent les mentions de l’utilité aux étudiants et professionnels.

Un tournant s’amorce dans les années 1970, lorsque la télévision fait son entrée dans les foyers français. Pour résister à cette nouvelle concurrente, la presse cherche une temporalité nouvelle, soucieuse d’être la première à annoncer les évènements, quitte à le faire avant qu’ils n’arrivent6 . Guides et journaux s’attachent à créer un lien privilégié avec leur lectorat, au travers de références à une culture populaire commune. L’histoire du Jardin botanique se résume quant à elle à des stéréotypes de plus en plus nombreux. S’ouvrent néanmoins de nouvelles perspectives vers la découverte des coulisses, du personnel et du fonctionnement du service : grâce à la presse, le public connaît le quotidien du Jardin. Les lecteurs sont invités à le visiter, même s’il reste discret dans les guides touristiques, souvent dissimulé par le Parc de la Tête d’Or.

L’arrivée d’Internet et de l’information gratuite en libre accès force une nouvelle fois la presse à s’adapter à la concurrence à la fin des années 1990. Quant aux guides, ils misent sur la découverte insolite pour rester attractifs aux yeux de leurs lecteurs. En parallèle, la prise de conscience écologiste7 coïncide avec la mise en avant des rôles du Jardin botanique nouvellement définis comme suit : conservation, recherche et pédagogie. Cette dernière mission profite de la mise en place de la médiation8 amenant à la redéfinition du Jardin comme musée vivant. Une étude systématique permettrait aujourd’hui de confirmer ces premières observations.

L’élargissement du corpus pris en compte donnerait ainsi une meilleure compréhension des perceptions du Jardin botanique au fil de son histoire.


Bibliographie :
1 - BOUCHEIX, Blandine, « Le Jardin botanique de Lyon. Apports et pertinence des sources imprimées lyonnaises », mémoire de Master Professionnel d’Histoire de l’Art, Université Lyon 2, sous la direction de Nathalie MATHIAN, 2015.

2 - NEVEU, Érik, « Presse. Sociologie de la presse », Encyclopoedia Universalis, en ligne : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/presse-sociologie-de-la-presse/.

3 - SAUNIER, Pierre-Yves, « Lyon du fauteuil à la poche. Le guide touristique au XIXe siècle », Revue française d’histoire du livre, 1996, n°93, p. 302.

4 - Voir B.N.F., Exposition « La Presse à la une », du 11 avril 2012 au 15 juillet 2012, dossier en ligne : http://expositions.bnf.fr/presse/index.htm et DUVAL, Julien, « Presse. La presse et ses lecteurs », Encyclopoedia Universalis, en ligne : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/presse-la-presse-et-ses-lecteurs/.

5 - Voir SAUNIER, Pierre-Yves, « Lyon au XIXe siècle : les espaces d’une cité », thèse de doctorat en histoire, Université Lumière Lyon 2, dirigée par Yves LEQUIN, 1992.

6 - MARCHETTI, Dominique, « Presse. Journalisme et journalistes », Encyclopoedia Universalis, en ligne : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/presse-journalisme-et-journalistes/.

7 - BARBAULT, Robert, « Écologie et société », Encyclopædia Universalis, en ligne : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/ecologie-et-societe/.

8 - BORDEAU, Marie-Christine, « La Médiation culturelle en France, conditions d’émergence, enjeux politiques et théoriques », Culture pour tous (actes de colloque : Montréal, 2008), en ligne : http://www.culturepourtous.ca/forum/2008/PDF/11_Bordeaux.pdf.

Auteurs : Blandine Boucheix, Titulaire d'un master 2 professionnel Patrimoine architectural et urbain du Moyen âge à la période contemporaine, Université Lyon Lumière 2
 

 

Dernière modification : 09/02/2017 10:15