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Un étonnant platane dans l’arboretum

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Un étonnant platane dans l’arboretum

 

Parmi de multiples essences, le parc peut s’enorgueillir de plusieurs sujets remarquables. Comment ne pas remarquer le superbe Pinus bungeana Zucc. ex Endl. de l’arboretum extérieur, ou encore les vénérables Cedrus libanii A. Rich. gardant l’entrée sud du jardin zoologique? Parmi eux Platanus x hispanica Mill. ex Münchh. occupe une place importante.

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Platane

Des nombreux exemplaires isolés ou plantés en alignements, il est un sujet qui se remarque particulièrement : cet arbre surprenant, situé à l’écart des zones de passage et peu connu du grand public, n’étonne pas par son âge vénérable, et encore moins par ses dimensions. Pour se rendre compte de son originalité et apprécier sa silhouette si particulière, c’est en hiver qu’il faut l’observer : à cette saison, cet arbre entièrement dégarni de ses feuilles laisse alors découvrir ses branches sinueuses à l’allure tourmentée. Son aspect tortueux n’est pas sans rappeler les célèbres Faux (ou hêtres tortillards) des forêts de Verzy et de Sionne, dans le Nord-Est de la France. Notons, au passage, que “fau” est un terme issu du vieux français et dérivé du latin Fagus qui désigne le hêtre. Le platane tortueux du Jardin botanique, comme je le nomme, se situe en bordure de l’arboretum extérieur, entre la roseraie historique et le bâtiment de l’orangerie. Avec une hauteur d’environ vingt mètres, il n’est pas aussi imposant que les platanes avoisinants, ces derniers étant d’aspect bien plus ordinaire, et se retrouve de ce fait abrité sous la frondaison des sujets voisins. Une énorme charpentière se dégage de son fût pour s’étendre horizontalement au-dessus du sol. Deux autres ramifications principales s’élancent de son court tronc, rétablissant ainsi quelque peu la verticale de l’ensemble. Le port de ce sujet accentue d’autant plus son aspect tourmenté, la majeure partie de ses rameaux étant dirigés dans une seule direction, si bien que la ramure prend un étonnant aspect “en drapeau”.

Mais pourquoi une telle silhouette ?

Précisons tout d’abord que chez les platanes, le mode de croissance des rameaux est assez particulier : le bourgeon sommital, qui a produit la pousse de l’année, stoppe sa croissance en début d’automne pour avorter, puis tomber. Dès la reprise de végétation au printemps, ce sera donc un bourgeon latéral qui poursuivra la croissance du rameau : la ramification est donc de type sympodiale, ce qui explique le trajet souvent sinueux des branches de la plupart des platanes. Mais ceci est surtout visible sur les sujets d’un certain âge et non élagués. Ces derniers peuvent ainsi porter des rameaux au port retombant, au point d’en pouvoir toucher le sol.

Platane tortueux

Comment se fait-il que le platane du Jardin botanique soit si tortueux ?

En l’absence de mention de platane tortueux, à l’état sauvage ou cultivé, dans le fond documentaire de la bibliothèque du Jardin botanique de Lyon, aucune explication n’est avancée. La présence, à proximité immédiate, de sujets “ordinaires” exclue une incidence du sol sur le mode de croissance de l’arbre. Peut-être s’agit-il d’un sujet (ou d’une sélection ?) dont le caractère tortueux se retrouve ici particulièrement bien exprimé. Ce très bel arbre nous rappelle que l’intérêt des plantes cultivées au Jardin botanique ne se limite pas seulement à leur rareté ou à leur degré de menaces. Il est indéniable que l’aspect esthétique de certains végétaux constitue un attrait supplémentaire pour les amoureux de la nature, et pour les nombreux visiteurs du parc de la Tête d’Or. Très utilisé en ville grâce à ses nombreuses qualités, notamment esthétiques, le platane demeure un arbre aux faibles exigences. Il constitue de ce fait un élément omniprésent dans le paysage urbain, dont il fait désormais partie intégrante.



Auteurs : Jean-françois Christians, jardinier botaniste
 

 

Dernière modification : 01/12/2016 13:49