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Ces discrets habitants du jardin de plein air

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Ces discrets habitants du jardin de plein air

Nombreuses sont les personnes à s’émerveiller devant les colonies de canards colverts (Anas platyrhynchos L.) et d’oies cendrées (Anser anser L.) qui occupent les abords des pièces d’eau du Parc de la Tête d’Or. Mais bien peu se doutent en réalité de la diversité des animaux sauvages que l’on peut croiser en visitant cet immense espace vert urbain. Petit tour d’horizon, loin d’être exhaustif, des espèces que le visiteur peut facilement surprendre au hasard de ses promenades et au fil des saisons en extérieur, et plus particulièrement dans l’enceinte du Jardin botanique.

Geai des chênes - © Guillaume Brouard
Geai des chênes - © Guillaume Brouard 

Sous les arbres…

Commençons par un hôte immanquable dans les zones arborées : l’écureuil roux (Sciurus vulgaris L.). Ce petit rongeur à la queue très fournie s’y croise toute l’année. A partir du mois d’août, il s’improvise volontiers jardinier au prix d’incessants allers retours pour enterrer cônes, glands et noisettes, ces dernières tombant par centaines sous le grand noisetier de Byzance (Corylus colurna L.) situé en face de l’orangerie. Son butin sera caché au pied de troncs d’arbres ou dans les litières de feuilles mortes de l’arboretum : mais cet étourdi ne retrouvera évidemment jamais toutes ses provisions que le jardinier mécontent, du Jardin botanique cette-fois, devra supprimer lorsque les graines germeront au printemps ! Son compagnon, le geai des chênes (Garrulus glandarius L.) également bien représenté au parc, sait tout aussi bien l’imiter…
Du côté des oiseaux justement, l’hiver et le printemps sont les saisons idéales d’observation pour plusieurs d’entre eux. Avec un peu d’attention, il est en effet possible de surprendre mésanges bleues (Cyanistes caeruleus L.), mésanges à longue queue (Aegithalos caudatus L.), mésanges charbonnières (Parus major L.), pic vert (Picus viridis L.) ou pic épeiche (Dendrocopos major L.). Quelques-uns sont d’ailleurs si peu farouches qu’il est possible de les approcher d’assez près sans les déranger, à l’image des nombreuses pies bavardes (Pica pica L.) et des merles noirs (Turdus merula L.) qui peuplent beaucoup d’espaces verts en ville. Citons également 3 passereaux plus discrets : le roitelet à triple bandeau (Regulus ignicapilla Temminck), le troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes L.) et le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula L.). Les 2 derniers ne s’éloignent guère du jardinier occupé au désherbage ou au travail du sol, pour peu qu’il s’affaire à proximité d’arbustes où ces craintifs volatiles iront se réfugier dès la moindre alerte. Ils savent en effet que le sol fraîchement retourné est une occasion idéale de dégotter vers et insectes : une nourriture très appréciée.

… et près de l’eau

A proximité des bassins à Nymphaea L. du Jardin alpin mais aussi des étangs, les oiseaux les plus nombreux sont les poules d’eau (Gallinula chloropus L.) et les canards colverts. Si les premiers ne sont guère problématiques pour nos collections de plantes, les seconds exercent une véritable pression sur les végétaux de rocailles exposés au Jardin alpin, ainsi que sur les plantes aquatiques récemment installées et qu’il convient de protéger. Dans le secteur de l’École de botanique, la solution, peu esthétique il est vrai, d’emprisonner les plantes dans une cage métallique a été mise en place. Mais comment imaginer que ces sympathiques animaux puissent faire tant de dégâts ? Le message est cependant difficile à faire passer auprès du public, tant les passants s’attendrissent devant une portée de canetons sont nombreux. N’oublions pas d’évoquer la présence élégante du martin pêcheur (Alcedo atthis L.) ainsi que du héron cendré (Ardea cinerea L.), l’un des prédateurs naturels des canards. Ce profiteur se fait une joie délicieuse de croquer les petits colverts. Il hante les pièces d’eau au petit matin…

En l’air…

Si l’« hôtel à insectes », placé à la limite du Jardin zoologique, est un lieu idéal pour se familiariser avec les abeilles solitaires, les plantes nectarifères du Jardin floral ou de la plate-bande dédiée aux Lamiaceae Martinov de l’École de botanique sont, quant à elles, les endroits privilégiés pour voir plusieurs espèces de papillons diurnes : par une belle journée ensoleillée, ce sont vulcain (Vanessa atalanta L.), vanesse des orties (Aglais urticae L.), belle-dame (Vanessa cardui L.), paon-du-jour (Aglais io L.) et piérides (Pieris sp.) qui fréquentent le plus les fleurs des massifs de ces secteurs. Le superbe porte-queue (Papilio machaon L.) et sa chenille ont même été observés durant l’été 2015.

Alyte accoucheur
L'alyte accoucheur : un hôte remarquable qui a élu domicile dans le Jardin botanique de plein air (femelle à gauche, mâle portant les oeufs à droite) : © J.-F. Christians 

… et sur terre!

Mais il ne faut pas s’attendre à faire de surprenantes rencontres uniquement les jours ou le soleil est au beau fixe : nombreux sont les escargots de bourgogne (Helix pomatia L.) et les petit-gris (Helix aspersa Müller) à être de sortie par temps de pluie pour « profiter » des plantes annuelles fraîchement installées dans l’École de botanique. Il faut aussi signaler un batracien peu répandu en région lyonnaise et qui s’accommode fort bien de la présence de l’Homme : l’alyte ou crapaud accoucheur (Alytes obstetricans L.). Il se manifeste dès la moindre averse, d’avril à juillet. Ce timide a beau se cacher dans des interstices de vieux murs ou dans le sol meuble d’un massif de vivaces, il trahit sa présence par son chant caractéristique, audible à plusieurs mètres de distance, même en pleine journée! Étonnant dans une ville comme Lyon, non?

Une boule d’épines

Pour terminer, comment ne pas signaler la présence du hérisson commun (Erinaceus europaeus L.), si discret, dans certaines parties du fruticetum ou de la fougeraie, et même dans notre zone technique. Ce petit mammifère très attachant est un grand consommateur de limaces et autres gastéropodes «nuisibles» . A ce titre, il est justement considéré comme un précieux allié du jardinier. Le produit anti-limace Ferramol®, dont nous faisons usage au Jardin botanique, est réputé ne pas être néfaste pour ces petits carnivores ainsi que pour d’autres animaux sauvages des jardins . C’est donc une véritable gratification que d’observer, à quelques dizaines de mètres seulement du très fréquenté boulevard de la Bataille de Stalingrad, une portée de jeunes suivant à la queue leu-leu l’un des 2 parents.

Courtilière - © J.-F. Christians.JPG
Courtilière surprise lors du bêchage automnal d'une plate-bande de l’École de botanique : © J.-F. Christians 

Sans avoir voulu citer la totalité de la faune sauvage observable au jardin de Plein air, gardons à l’esprit que ces petits habitants constituent un sujet intarissable pour éveiller la curiosité des petits comme des plus grands. Le Parc de la Tête d’Or joue un rôle certain dans le bien-être des habitants de la ville. Bien qu’il représente un lieu entièrement artificiel et entretenu, il n’en reste pas moins un écosystème à part entière, véritable « réservoir » pour une partie de la biodiversité urbaine. Venez parcourir les allées du Jardin botanique, où l’on oublierait presque être dans une des villes les plus urbanisées de notre pays et observez : la nature parle à qui sait l’écouter!

Remerciements

Merci à Guillaume Brouard, Léonce Carré et Jean-François Thomas pour leurs pertinentes suggestions.


Bibliographie :
Sauvages & Cultivées, carnet des plantes du Jardin botanique de la Ville de Lyon, numéro 6, Décembre 2014, page 6.

Auteur : Jean-François Christian


 

 

Dernière modification : 12/07/2016 09:36